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Transformation digitale

La digitalisation des cabinets comptables : quels impacts ?

par Angélique Ribas le 2.04.2020

digitalisation cabinet comptable

Le statut de profession réglementée ne saurait être considéré par les experts-comptables comme un rempart suffisant contre la déferlante numérique et la digitalisation de la comptabilité et de la finance. En revanche, cette relative protection peut leur donner le temps de réfléchir à la place et à l’organisation de l’expertise comptable dans un contexte où les bouleversements sont nombreux : réglementation professionnelle, environnement juridique, social et fiscal, innovations technologiques, évolution des compétences, nouvelles attentes des clients… Parvenir à assembler ces éléments changeants en un puzzle cohérent est une tâche immense. Pour relever ce défi, il est par-dessus tout nécessaire d’avoir une vision stratégique claire de l’avenir du cabinet et de son positionnement. Ouvrant par l’automatisation la porte du conseil, le digital est appelé à jouer un rôle structurant. 

Les cabinets comptables balayés par la transformation digitale

 

Pour Philippe Gattet, directeur d’études du cabinet Xerfi « Tous les ingrédients sont réunis pour que cette profession soit balayée par la vague technologique actuelle : la donnée est leur principal carburant et c’est un métier au sein duquel les process se normalisent à vitesse grand V, et où les échanges de données avec leurs clients ou avec les organismes sociaux se dématérialisent. Bref, la valeur est peu à peu captée par les fournisseurs de technologies. »

 

D’autant que le secteur de l’expertise-comptable reste économiquement attractif et puissant et peut attirer de nouveaux acteurs. Selon une étude du cabinet Xerfi, le chiffre d’affaires global, en France, progresse d’environ 3 % par an, avec 21 000 experts comptables et, au total, 130 000 emplois et deux millions d’entreprises clientes. En outre, plusieurs tendances contribuent à bouleverser le monde de l’expertise comptable :

 

  • une libéralisation progressive, avec l’évolution de l'ordonnance de 1945 sur les conditions d'exercice de l'expertise comptable.
  • une évolution des besoins des clients des experts-comptables vers davantage d’accessibilité, de réactivité et de simplicité.
  • une industrialisation de la fonction, par exemple dans le cadre de centres de services partagés et de Business Process outsourcing, y compris offshore.
  • une banalisation des technologies numériques, qui permet de se passer de plus en plus du papier.
  • des évolutions réglementaires sur la dématérialisation des factures avec, à l’horizon 2020, l’extension de l’obligation aux micro-entreprises.
  • un renouvellement des générations et des profils. Selon une étude du cabinet de chasseurs de têtes  Hays « la recherche de profils comptables ouverts, curieux et "développeurs" s’installe. Les candidats issus d’écoles de commerce et d’ingénieurs sont ainsi prisés.
  • une transformation des modèles économiques, avec des offres low cost, proposées pour quelques dizaines d’euros par mois, et des services packagés en ligne.

 

Ubérisation de la profession comptable : menace ou opportunité ?

 

Les experts-comptables ne peuvent pas tout à fait exclure la menace d’ubérisation, c’est-à-dire l’irruption sur leur marché de nouveaux entrants s’appuyant sur le numérique pour capter la relation client.

 

En effet, le traitement massif de données, souvent de façon manuelle et peu optimisée, et la normalisation de processus d’échanges dans lesquels l’expert n’apporte que peu de valeur ajoutée font de la profession une victime toute désignée des disruptions technologiques.

 

Le risque se concentre notamment sur la tenue de compte, une activité qui représente une part importante du chiffre d’affaires des cabinets et sur laquelle les nouveaux outils informatiques permettent l’émergence d’une nouvelle génération d’offres de services à bas prix et au marketing attractif. Certains vont même jusqu’à prédire la possible disparition de l’expertise comptable au profit de cette concurrence issue d’Internet et des réseaux sociaux, dopée à l’intelligence artificielle, et à la redoutable stratégie digitale et commerciale.

 

Mais, paradoxalement, ce qui peut apparaître comme une menace existentielle constitue sans doute pour les experts-comptables la meilleure des opportunités. Car ils peuvent eux-mêmes adopter ces nouvelles technologies pour industrialiser les tâches basiques et chronophages, et, en remédiant à leur point faible, se doter d’un atout décisif. Adopter massivement le digital peut en effet leur permettre de s’intégrer plus aisément à un environnement de plus en plus dématérialisé, de mieux répondre aux attentes de leurs clients en termes de délais et d’usages, et surtout de dégager du temps et de ressources pour faire évoluer leur modèle et leur profession

 

Un métier qui se transforme : de plus en plus d'expertise et de moins en moins de comptabilité

 

Le titre du rapport annuel 2016 de l'ordre des experts-comptables résume d’ailleurs bien l’évolution du métier : transformation. Face à ces tendances, les experts-comptables se sont adaptés. D’abord, en se regroupant. Ensuite, en diversifiant leurs activités : la loi de 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques (dite loi Macron), a en effet ouvert officiellement la voie, avec un décloisonnement des missions comptables et de conseil : les experts-comptables peuvent ainsi proposer à leurs clients des missions à forte valeur ajoutée, concernant en particulier les systèmes d’information, l’évaluation, le diagnostic stratégique.

 

Enfin, en modernisant leurs outils et leurs processus, notamment avec la dématérialisation. Selon les analystes du cabinet Xerfi, « l’automatisation partielle de la plupart des tâches traditionnelles s’est logiquement imposée à tous les acteurs pour améliorer leur productivité et ré-allouer leurs ressources à des missions plus complexes qui ne peuvent pas être sous-traitées à des machines. C’est le cas des activités comptables de base (saisie comptable, fiches de paie, bilans annuels etc.) et des processus organisationnels (dématérialisation). Une partie du travail est même effectuée par le client grâce aux logiciels en mode SaaS-cloud. »

 

Avec, à la clé, des gains significatifs : une étude d’ISG estime que l’automatisation des processus réduit le volume de travail de 43 % en moyenne pour les processus order-to-cash (facturation, encaissement, crédit, recouvrement et tarification), de 41 % pour la comptabilité et de 34 % pour les processus de procure-to-pay.

 

Le gain de temps s’observe également pour les clôtures comptables : d’après une étude de l'Institute of Management Accountants la moitié des comptables estiment que consacrer moins de temps sur la clôture des comptes pourrait leur permettre de se concentrer sur des tâches plus stratégiques pour leur entreprise. Les métiers d’expertise-comptable vont donc poursuivre leur transformation, déjà entamée. marquant le passage de « l’expert-comptable 1.0 » vers « l’expert-comptable 3.0 »  à travers 4 tendances :

 

  • le positionnement de la fonction,
  • les outils et l’organisation,
  • les compétences requises,
  • la stratégie.

 

Le positionnement de la fonction : du back office à l’accompagnement des métiers

 

D’une fonction support, très centrée sur la collecte, l’organisation et la restitution de flux comptables, elle va se transformer par l’intégration de prestations à plus forte valeur ajoutée. L’expert-comptable, historiquement en retrait dans l’organisation, devient un élément clé de l’accompagnement des métiers, et pas seulement de la direction financière, avec un positionnement beaucoup plus proche des métiers du consulting. L’expert-comptable passe ainsi d’une image d’optimisateur (mission par ailleurs très utile…) à une image de chef d’orchestre qui a su communiquer et « marketer » sa fonction.

 

Les outils et l’organisation : du tableur au cloud

 

L’ancien monde des experts-comptables se caractérisait par la prédominance de processus basés sur le papier, les tableurs ou des progiciels dédiés (en mode On Premise), dans une logique d’organisation des services comptabilité en silos, pour collecter/classer/traiter des données brutes. La transformation se matérialisera sous l’effet de deux éléments : d’une part l’évolution technologique, avec, en particulier, la dématérialisation des factures, le cloud, l’automatisation, les algorithmes et l'intelligence artificielle.

 

D’autre part, avec des organisations plus collaboratives qui fluidifient les processus et atténuent les inconvénients de l’existence de silos : l’expert-comptable se rapproche ainsi des métiers. L’un des points importants de ce changement concerne le statut des données : leur traitement plutôt basique (l’ADN des métiers comptables) laisse de plus en plus la place à leur valorisation, rendue, entre autres, possible par les technologies de Business Intelligence ou d’analyse prédictive, voire d’intelligence artificielle, qui laisse également entrevoir des opportunités intéressantes.

 

Les compétences requises : de la technique au savoir-être

 

Les transformations du métier d’expert-comptable imposent une reconfiguration des compétences. Aux connaissances historiques (techniques, comptables, administratives, juridiques…) s’ajoutent des capacités d’ingénierie financière et des qualités de leadership. Celui-ci se développe selon trois phases : le savoir-faire est complété par le « faire savoir », lui-même parachevé par le « savoir être ».

 

La stratégie : de la consolidation au temps réel

 

Mais le digital n’est pas qu’un levier de productivité que les experts-comptables peuvent mettre à profit pour faire évoluer leur offre, c’est aussi le vecteur d’une formidable explosion des flux de données.

 

Or, bien qu’elles en perçoivent instinctivement la richesse, les entreprises sont souvent désemparées face à cette masse d’information potentielle. Possédant déjà un très grand nombre de données sur l’entreprise, spécialistes de leur interprétation et habitués à traiter des flux massifs, les experts-comptables français ont aujourd’hui une réelle légitimité pour se positionner auprès des entreprises comme le partenaire privilégié du pilotage et de l’exploitation des données. Et opérer ainsi le virage stratégique de la profession du chiffre vers celle de la donnée.

 

A l’heure où toutes les activités économiques sont de plus en plus basées sur les données, les voies d’enrichissement du métier d’expert-comptable sont donc multiples : par le conseil, l’accompagnement et la proximité avec les dirigeants, l’expertise data, l’évaluation de la conformité réglementaire, la spécialisation, le statut de tiers de confiance…

 

Autrement dit, l’expert-comptable de demain saura manier les 3D indispensables à la valorisation de sa fonction :

 

  • D comme data (au cœur de la performance des entreprises),
  • D comme dématérialisation (pour capitaliser sur les technologies),
  • D comme décloisonnement (pour fluidifier les processus comptables et financiers).
    Je visionne le replay : quel visage aura la profession demain ?